2, 3 et 4 juillet 2005 Séminaire sur le thème de la prévention et la gestion des risques majeurs urbains : compétences et responsabilités du Maire Rapport du séminaire Le séminaire sur le thème de la prévention des risques majeurs urbains qui s’est déroulé les 2, 3 et 4 juillet 2005, à Amman, était, dans le cadre des « rendez-vous des villes » du Réseau Urbain Europe-Mena. Ce séminaire fait suite au précédent organisé en janvier 2005, à Damas, sur le thème de la stratégie de ville, et s’inscrit dans la volonté d’organiser des rencontres régulières pour les élus locaux du Moyen-Orient. Ce séminaire a réuni une centaine de personnes, dont des représentants de:
Des responsables locaux de la Banque Mondiale, des Nations Unies, de l’Institut Arabe de développement urbain (AUDI) et du réseau MEDCITES étaient également présents, ainsi que des experts techniques turque (Middle East Technical University), Jordanien (Ministère des Affaires municipales) et français (Bureau de Recherches Géologiques et Minières, du Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement, du Ministère de l’Equipement, de la Mission des risques naturels de la fédération des Assurances). La responsabilisation des maires et élus locaux Ces trois journées de séminaire avaient pour objectif, au travers des expériences mises en place dans différentes collectivités et de rappeler le rôle primordial de l’élu local dans la politique de prévention des risques. Divers phénomènes ont contribué ces dernières années à confronter les Maires avec la dure problématique de la gestion de risques majeurs qui menacent leurs cités. En effet l’augmentation de la surface des villes, de leur population et des activités d’une part, et les dérèglements climatiques d’autre part, ont accru la vulnérabilité des communes. Par ailleurs, la tendance à la décentralisation renforce les pouvoirs des autorités locales et donc leurs responsabilités. Les Maires doivent désormais gérer des situations de crise qui nécessitent une préparation préalable, partant du principe qu’une organisation préventive permet de ne pas être pris au dépourvu et donc de mieux gérer la crise. Ce séminaire a permis tout d’abord de dresser une liste des risques majeurs qui menacent les collectivités méditerranéennes. Il s’agit des risques technologiques, des risques liés au transport de matières dangereuses et, bien sur, des risques naturels. Ces derniers concernent essentiellement les séismes, les incendies et les inondations. La perception et la définition de ces risques sont inscrits dans leur caractère soudain et violent. Cette caractérisation semble ancrée également dans la mise en œuvre de secours d’urgence. Mais la confrontation avec les problèmes que rencontrent les villes du Moyen-Orient, rappelle que le risque naturel doit trouver sa définition dans l’espace et dans le temps. Ainsi ces villes souffrent d’un risque naturel supplémentaire qui est la sécheresse. Celui là porte un caractère insidieux, persistant, que certains pensent même irréversible, et différent des autres risques naturels majeurs. Le paradoxe veut que ces mêmes territoires qui souffrent du manque d’eau, soient aussi frappés par des déluges aussi brefs que catastrophiques qui transforment une source de vie tant attendue en source de malheurs et de désastres. C’est par exemple le cas de la Ville de Grand Madaba, qui a accueilli la visite technique en cloture du séminaire. Deux experts locaux ont en effet, exprimé les préoccupations de la ville face à la sècheresse et l’avancée du désert sur les terres agricoles, et les pluies diluviennes qui engendrent régulièrement de gros dégats matériels et humains. Le développement de l’agriculture et la retenue des eaux de pluie sont des opérations qui pourraient apporter des solutions à ces deux problèmes.
Aujourd’hui, comment les Maires peuvent-ils répondre à ces problématiques ? Les exposés et débats ont, en tout premier lieu, fait ressortir la nécessité de mettre en place une réponse institutionnelle pour définir les rôles, depuis l’Etat jusqu’à la commune. Il s’agira de définir les moyens généraux, les moyens particuliers, leurs financements, la mise en place de coordinations ainsi que la précision des rôles de chacun en fonction des risques et des étendues touchées. La nécessité d’une appropriation locale à l’échelle de la commune ou de regroupements a été particulièrement évoquée. Il en ressort que la démarche doit tout d’abord être basée sur l’identification des risques listés ci-dessus et sur l’identification des enjeux, qui permettra ensuite de déterminer les zones à protéger prioritairement. A ce sujet, une expérience pilote avait été menée sur la ville de Bourj Hammoud (Liban) en vue du séminaire. Avec l’aide du réseau Urbain Europe-MENA, une équipe de deux experts du CETE-Méditerranée, ont réalisé une mission d’identification des risques auxquels est exposée la ville de Bourj Hammoud. La démarche, la méthodologie employée et les résultats ont été présentés lors du séminaire. Différents exemples ont montré que l’utilisation de la cartographie est à privilégier pour définir les zones de danger. La pérennisation de cette information demande un entretien et des mises à jour régulières. A partir de cette identification, l’organisation de la commune peut s’appuyer sur : - Les moyens disponibles, organisés avec des plans d’action devant aller à l’essentiel tout en proposant un langage commun à tous les acteurs de la gestion de crise. - Une communication préventive au public, aux enfants dans les écoles. L’objectif est d’apprendre aux habitants à se protéger. Le maintien d’une conscience du risque apparaît nécessaire. Un intervenant a indiqué qu’au bout de 10 ans, les évènements sont oubliés ! - L’organisation des moyens d’alerte. Pour l’inondation, un des rares risque prévisible, il est apparu nécessaire de travailler avec les services météorologie et d’engager des collaborations amont aval entre les collectivités. - La réalisation de travaux d’amélioration. Là encore, en ce qui concerne les inondations, ces travaux doivent relever d’une démarche amont aval entre collectivités à l’échelle du bassin versant. - La réglementation du sol avec prise en compte du risque dans les nouvelles constructions. Le contrôle du bon respect de cette réglementation a également été évoqué comme une condition essentielle et garante de l’efficacité de cette mesure. - La réalisation d’aménagements urbains, prenant en compte les risques, notamment : des distances minimales à respecter entre ouvrages pour les séismes, des voiries permettant le cheminement de l’eau pour les inondations. - La prise de mesures de destructions et de relogements pour des habitations trop exposées.
Ces deux journées ont montré, pour des sites pilotes, toute la richesse que l’on peut tirer d’une collaboration entre experts et décideurs locaux. Des méthodologies existent et il est possible de faire, même avec peu de moyens. Mais pour en tirer le plus grand bénéfice pour le plus grand nombre, il conviendrait également que cela relève d’une démarche globale inscrite dans le développement durable, associant formation, formalisation des bonnes pratiques et exemples concrets. Le rôle des assurances a été clairement présenté comme une condition du développement pour laquelle les autorités locales peuvent intervenir en favorisant les conditions d’assurabilité et de solidarité. Le principe de l’assurance catastrophe naturelle se développe de plus en plus en méditerranée. L’ingénierie d’assurance propose des méthodes de modélisation des dommages qui pourraient profiter au plus grand nombre. Il convient également d’évoquer les partenariats public / privé qui permettent aux collectivités de s’appuyer sur les moyens, les compétences et la flexibilité des entreprises tout en garantissant le respect et le contrôle du service public. Rappelons ici que dans le domaine de la gestion des risques, en Europe, c’est le Maire qui décide et commande, qu’il s’adresse à des partenaires publics ou privés. Enfin, et pour terminer ce séminaire par des actions porteuses de solutions concrètes, les collectivités les plus avancées dans ces domaines ainsi que les diverses organisations présentes sont disposées à partager leurs expériences avec les collectivités qui souhaitent se lancer dans une démarche de prévention et de gestion des risques. Les réseaux des villes méditerranéennes prêteraient leur concours. Dans un tel cadre, des initiatives qui relèveraient d’actions validées par les autorités nationales pourraient recevoir l’appui financier de la banque mondiale. Des axes de collaboration ont été initiés sur des approches multi risques, notamment sur la double problématique des sécheresses et des inondations soudaines pour lesquelles des solutions communes sur la base de retenues collinaires semblent appropriées. Déjà les villes de Barcelone et de Marseille, ainsi que le réseau MEDCITES et la Communauté du Pays d’Aix ont proposées leur concours aux villes de Bourj Hammoud (Liban) et Zarqa (Jordanie). Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement
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